Deux ou trois fois par saison depuis 2016, l’Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes propose des formats étonnants, les Concerts relax. Ce 18 février, allongé sur des poufs au milieu de l’orchestre, le public est très demandeur. Pour le plus grand plaisir du chef du jour et violoncelliste soliste, Jean-Marie Trotereau.

  • Comment avez-vous choisi le programme ?

La directrice, Lila Forcade, m’a proposé de diriger une série de concerts. J’ai choisi des pièces autour du violoncelle solo et de la musique du Sud : Italie (Luigi Boccherini), Argentine (Astor Piazzolla), Catalogne (Pau Casals). 

Les Concerts relax ne sont pas des représentations comme les autres. Le chef prend le temps d’expliquer, de présenter les pièces pour que le public les ressente plus facilement. Je voulais des morceaux originaux, moins interprétés que les grands tubes de ces trois compositeurs.

  • Pourquoi faire monter les spectateurs sur scène ?

Si proches, ils découvrent l’orchestre comme ils ne l’ont jamais connu. Ils captent les jeux de regards entre les musiciens, les mouvements de tout un pupitre qui s’emporte. Le public entend ce qu’il ne perçoit pas d’habitude : le bruissement d’une tourne de page, le frottement de l’archet sur les cordes, les respirations. Il peut sentir chaque vibration ou la pulsation battue du bout du pied.

De manière générale, les Concerts relax attirent un public plus jeune, moins aisé aussi, même si on retrouve quelques habitués.  

  • Pour la première fois, vous jouez et dirigez en même temps. Comment se sont déroulées les répétitions ?

Je ne suis pas un chef d’orchestre mais un musicien. Un chef propose son interprétation et sa vision d’un morceau. Moi, je veux créer une œuvre collective. L’exercice diffère énormément quand celui qui dirige joue en même temps. Cela force l’écoute, il faut bien connaître son rôle et que personne ne prenne le pas sur les autres. 

Certes, un plus grand nombre de musiciens rend le chef indispensable. Mais, en réalité, après une semaine de répétition, il ne sert qu’à lancer la musique. Un de mes chefs l’a déjà testé pour un bis, de diriger les premières mesures puis d’aller s’asseoir au parterre. L’Orchestre national Auvergne Rhône-Alpes est un petit groupe, donc cette discipline et cette exigence personnelle font partie de notre ADN. On construit la musique ensemble.

  • Pourquoi créer des formats comme les Concerts relax ?

Le musicien est un passeur. Ces spectacles créent un moment d’échange, de discussion. À chaque série de Concert relax, le chef change et tous, sans exception, donnent des clés d’écoute au public. On aide les spectateurs à s’approprier la musique.

Si on veut que les gens viennent aux vrais concerts, formels et savants, on a besoin de ces temps de médiation. C’est ce que j’aime, en musique de chambre comme en orchestre : aller voir ceux qui n’ont pas trop l’habitude ou qui pensent ne pas savoir. 

Auteur/autrice

j.duhaut98@gmail.com

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