À l’occasion de Tous à l’Opéra samedi 9 mai, le Grand-Théâtre ouvre ses coulisses au grand public : répétitions, visites guidée… Et découverte des ateliers décors et costumes, une des spécificités de l’Opéra de Limoges.
Sur les planches de l’opéra, les chanteurs et les musiciens monopolisent l’attention. Ils font avancer l’intrigue, jouent les airs mémorables et parcourent la scène dans tous les sens. Mais ils ne sont pas les seuls à être omniprésents. L’opéra, c’est aussi du théâtre, et que serait une pièce sans décors ni costumes ?
Pour Laurent Garnier, soudeur et coordinateur de l’atelier, « un décor, ça raconte une histoire ». Avec les trois autres membres permanents (le peintre Frédéric Peyrot et les menuisiers Anne Lagarrigue et Pablo Gauchet), ils ont construit ceux d’Orphée et Eurydice en trois mois. « Même s’il aurait fallu un peu plus de temps pour celui-là. On fabrique les décors quand les places sont déjà vendues. On n’a pas le droit à l’erreur. »
Début avril, pendant trois jours, ils supervisent le premier montage sur la scène du Grand-Théâtre, un moment-clé pour régler les derniers détails. Ou si tout ne tombe pas parfaitement en place. Le tapis roulant a été installé plus tôt, la veille. « Je l’ai peint hier et verni ce matin », revendique Frédéric Peyrot. « Je ne pouvais le faire qu’ici et pas à l’atelier. » Il s’est aussi occupé de la tête du roi. Et les supports, ce sont les menuisiers.
- De la maquette à la scène
De la tête du metteur en scène jusqu’à l’installation, il y a beaucoup d’étapes. Après avoir pensé le décor, il crée une maquette et présente des photos et des visuels à l’atelier décors. Les ingénieurs pensent les structures et mesurent les risques, comme pour la coursive d’Orphée et Eurydice. « Après, c’est à nous de répondre aux demandes. On reçoit les plans de chaque élément, on fabrique et on assemble ! » explique Laurent Garnier. Cette saison, les ateliers décors ont sorti trois productions pour l’Opéra de Limoges : Les Mamelles de Tirésias, Didon et Enée et Orphée et Eurydice.

Parfois, les décorateurs passent de longues semaines sur un seul élément, qui n’apparaît que quelques instants. C’est frustrant ? « On a assez d’expérience, on s’y habitue », énonce un Pablo Gauchet résigné. Dans une production, le menuisier cherche le défi personnel : « Une forme géométrique, épurée, avec plein d’angles, c’est un vrai challenge ! » En tant que peintre, Frédéric Peyrot a une autre vision. « Que ce soit un décor minimal ou foisonnant, les deux sont intéressants. Je m’occupe du côté plus artistique, même en répondant à des demandes précises, j’y mets forcément un peu d’amour. » Quant à Laurent Garnier, ses favoris, ce sont les intérieurs et les pièces qui fourmillent de détails.
- Donner vie à des silhouettes de papier sur scène
La première étape : récupérer les mesures des chanteurs. Puis c’est l’heure de l’échantillonnage, un long temps de recherche, d’achat et d’échange. Pour Orphée et Eurydice, il ne s’est terminé qu’en septembre. « Eurydice devait porter une robe blanche à pois rouges, mais impossible de trouver le tissu correspondant. Alors le créateur a accepté d’inverser les tons. » Il leur arrive même de fabriquer les tissus, comme les losanges rouges et oranges des costumes de carnaval. Puis vient enfin la fabrication des compositions jusqu’aux essayages, en janvier.
Derrière la grande salle, dans les étages, les machines à coudre vrombissent. Nelli Vermel, cheffe-costumière, parcourt encore les planches détaillant les tenues. Cinq costumes par personnes, 28 choristes et trois solistes. « Ça va être un peu la crise du logement là! » L’étroitesse de l’atelier costumes commence à se faire ressentir, les portants envahissent petit à petit les couloirs. Pour faire le parallèle avec la mode, elle et Raymonde Maranay, costumière également, seraient plutôt des modélistes. « On se charge de rendre en 3D ce qui est à plat sur une feuille. » Les planches, ce sont les maquettes apportées par le créateur, sur lesquelles les costumières travaillent depuis un an.

Le grand défi, c’est la « fabrication théâtre » dont parle Raymonde Maranay. Cinq minutes pour un changement rapide de silhouette. Une minute trente pour un précipité. « On doit y penser en permanence », illustre Nelli Vermel : finitions plus faciles, grosses fermetures, etc. « Les changements sont travaillés avant, comme une vraie chorégraphie » avec la cheffe-habilleuse, Christine Ducouret. Les deux costumières la rejoignent juste avant la générale avec piano et jusqu’à la fin des représentations, pour aider les choristes.