Quand on parle des métiers de la musique, on ne pense pas tout de suite aux réparateurs d’instruments. Pourtant, ils sont un maillon essentiel de la chaîne : sans eux, pas de musiciens. Rencontre avec Tiphanie Le Gal, de l’atelier « Un Vent de passion », seule factrice diplômée d’instruments à vents à Limoges.

Dans l’arrière-boutique d’ « Un Vent de passion », Tiphanie Le Gal se penche sur son établi. Les pinces font sauter les derniers ressorts d’une flûte traversière, dénudée de toutes ses clés. Son métier ? Factrice d’instruments, un terme spécifique à la réparation et la fabrication d’instruments à vent. Là où la lutherie ne concerne que la famille des cordes (violon, alto, violoncelle, contrebasse). 

Pour les besoins de l’atelier, elle sait jouer d’un peu tous les instruments, « au moins souffler dedans » même si, à l’origine, Tiphanie est saxophoniste. Mais, depuis son installation avenue Garibaldi il y a douze ans, elle n’a « jamais eu aussi peu de temps pour faire de la musique ! ». « Heureusement, en étant multi-instrumentiste, on ne s’ennuie jamais. »

Comme un musicien, un réparateur a ses instruments favoris, pour en jouer ou les remettre en état. Tiphanie, elle, préfère s’occuper des anches doubles (hautbois, basson) et des saxophones. Heureusement, ses deux autres employés, Brice et Coline, ont aussi leurs domaines d’expertise. En réalité, tous peuvent réparer n’importe quel instrument à vent.

  • Un savoir-faire d’exception

« On a une clientèle régulière qui vient surtout nous voir en vacances : des élèves, leurs profs, les musiciens d’orchestre ou de l’Opéra, etc. » Et des passionnés de musique. Régulièrement, un collectionneur de flûtes anciennes apporte ses trésors à Tiphanie, qui nécessitent « un vrai travail de restauration ». Réparer les fentes du bois, retamponner les clés d’une flûte, etc. : les tâches sont multiples.

La facture d’instruments à vent demande une technique et une précision hors pair. De la minutie pour démonter les petites clés du hautbois, de la force pour redresser les cuivres cabossés. Et beaucoup d’ingéniosité. Il existe bien des outils spécialisés mais seules deux usines dans le monde en produisent de très bonne qualité, en Allemagne et aux Etats-Unis. Cependant, la rareté et la particularité les rendent assez chers, « alors il faut adapter des outils génériques ». Tiphanie utilise par exemple une pince dont une des extrémités est fendue et coupée, « pour retirer les ressorts plus facilement », ou un chalumeau pour chauffer les pièces et pouvoir enlever ou coller les tampons.

  • « Un petit monde »

Si Tiphaine a appris les principes de la fabrication d’instruments, elle reste formelle : « Je ne m’occupe que de la maintenance, de l’entretien régulier et des réparations. Ces deux métiers n’ont rien à voir entre eux. » C’est un artisanat de niche, une seule école en France délivre cette formation, l’Institut technologique européen des métiers de la musique (Itemm) au Mans. 

Pour Tiphaine, ce « petit monde professionnel » constituait une des difficultés, notamment la recherche d’un maître d’apprentissage pour terminer ses études. Pour preuve, elle est l’unique factrice diplômée d’instruments à vents à Limoges, et son savoir-faire attire une clientèle qui s’étend au-delà des frontières de l’ancien Limousin. 

Lors de la première édition des Trajectoires d’exception de la Chambre des métiers et de l’artisanat de Nouvelle-Aquitaine, fin 2024, Tiphanie Le Gal a reçu le prix « Coup de cœur » pour le département de la Haute-Vienne. Une récompense pour son travail passionné et la qualité de son atelier.

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