Dès l’ouverture de la saison, Clermont-Auvergne-Opéra essaie de renouveler un public vieillissant. Le théâtre multiplie les initiatives de médiation, surtout à destination des jeunes. L’objectif : amener de nouveaux spectateurs et faire entendre la musique classique autrement.

Trop long, trop compliqué, trop cher, trop vieux. Ce n’est un secret pour personne, l’opéra n’est pas un genre très populaire. Ces clichés sont difficiles à contredire, tant les codes des spectacles sont obscurs, sous les imposants rideaux rouges des salles. Les maisons d’opéra mettent pourtant en place de nombreuses actions culturelles, comme Clermont-Auvergne-Opéra. La directrice générale et artistique, Ève Coquart, acquiesce : “Le renouvellement du public est le plus grand défi de l’opéra.” Le lyrique doit (re)devenir un loisir accessible à tous. 

La saison 2024-2025 s’est ouverte ce week-end avec La Belle Hélène d’Offenbach, un exemple parfait des tentatives de renouvellement de l’Opéra-Théâtre, qui commencent dès la programmation musicale. Selon la directrice, “l’opéra comique est un répertoire idéal” car plus facilement accessible. Un travail de réorchestration et de réécriture a été réalisé, donnant une nouvelle dynamique à un texte et une musique déjà modernes, maintenant parsemés de références et d’esthétiques actuelles. Dans la mise en scène d’Olivier Desbordes, les rois grecs antiques deviennent les têtes couronnées des XXe et XXIe siècles. Le costume d’Hélène de Troie s’inspire par exemple des tenues d’Elizabeth II.

Donner des clés d’écoute

Clermont-Auvergne-Opéra multiplie les animations pour attirer un nouveau public. Une politique de démocratisation que poursuit Rachel Zatla, responsable des actions culturelles, depuis dix ans : “On essaie toujours d’organiser le plus de rencontres possibles.” Pour que les spectacles soient plus faciles à comprendre, quoi de mieux que d’en dévoiler les coulisses ? C’est le but des rencontres entre public et artistes à la librairie Les Volcans ou encore des Avant-scènes, des conférences courtes animées par le musicologue Benjamin Lassauzet dans le foyer de l’Opéra-Théâtre. “J’aime autant être dans les livres et l’analyse, y compris académique, que partager des connaissances avec le public pour qu’il puisse entendre la musique autrement,” explique ce dernier. Que ce soit parmi les livres ou sous les dorures, le succès est au rendez-vous. Tous les sièges sont occupés et l’ambiance est détendue, loin des codes rigides de l’art lyrique. Les passionnés comme les néophytes y trouvent leur compte, certains décident même d’aller au concert sur un coup de tête !

L’accessibilité des propos et de la musique est le maître-mot de ces actions de médiation. Des visites sont même réalisées en audiodescription pour les personnes malvoyantes ainsi que certains spectacles, comme Il Trovatore (le Trouvère) de Verdi. 

Un public plus si vieillissant

La directrice Ève Coquart insiste sur le besoin de “créer des échanges” avec les publics. L’opéra sort même de ses murs avec l’initiative “Lyrique en quartier(s)” et des passerelles sont créées avec d’autres structures culturelles. Chloé Penet, animatrice d’ateliers artistiques, raconte la création d’une chanson dans une médiathèque ou la venue d’un club de chant d’un lycée à l’opéra : les élèves se sont amusés à chanter des Disney sur la scène et même des extraits de comédies musicales (Mozart l’opéra rock, pour quand même rester dans le thème). Des tarifs préférentiels pour le jeune public (moins de 27 ans) sont proposés et, contrairement à de nombreuses maisons d’opéra, il n’y a pas de catégorisation : toutes les places sont disponibles, pas seulement le pigeonnier où l’on ne voit rien. Un partenariat avec la Fondation Varenne décerne le prix Jeune critique lyrique depuis six ans, pour inciter les collégiens et lycéens à se rendre aux concerts. Clermont-Auvergne-Opéra essaie même d’intéresser les enfants aux pratiques artistiques et théâtrales : dans la salle de répétition au 4e étage, Chloé Penet anime les ateliers Marm’opéra depuis la saison 2021-2022. “C’est un challenge de proposer des choses en rapport avec le spectacle et en même temps ludiques et artistiques. Les enfants sont plutôt contents !”

Ça fonctionne ? Tous concerts confondus, il y a environ 30 % de jeunes spectateurs (et pas seulement des scolaires), soit un peu plus que la moyenne nationale. La demande pour les spectacles jeunes ou familiaux est en hausse. En dix ans, Rachel Zatla, la médiatrice culturelle, a ainsi remarqué une nette progression. Avec sa politique de démocratisation, l’opéra de Clermont-Ferrand réussit donc le pari de dépoussiérer ses partitions.

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