Concerts dédiés aux bandes-son de films, exposition à la Philharmonie sur la musique de jeux vidéo d’avril à novembre 2026… La musique classique s’empare de nouveaux univers sonores, des films d’animation aux consoles. Avec cet objectif de faire bouger les frontières du classique, le pianiste Nicolas Horvath intègre des extraits de films et de jeux à ses concerts.
Les couloirs de la Philharmonie de Paris résonnent de bips incessants et du thème de Tetris, jeu emblématique des années 80. Dans une des salles de l’exposition Video Games & Music, un écran géant diffuse des séquences de différents jeux, pour expliquer les influences entre musique et image sur une console. Certaines montrent un lien avec le classique : l’opéra « Maria & Draco » inventé pour Final Fantasy 6 (jeu vidéo de rôle célèbre) la bande originale de Clair Obscur : Expedition 33, etc.
Pianiste classique renommé, Nicolas Horvath défend ce nouveau répertoire avec ferveur. Il porte bien son titre de « pianiste aventurier », quelle que soit la partition. Le 23 juin, sur un instrument de la Cité de la Musique, dans une salle presque comble, il a interprété des extraits de la franchise Assassin’s Creed, ces jeux au contexte très historique développés par Ubisoft. « Les fans ont adoré, les mecs d’Ubisoft et la Philharmonie aussi ! »
- Une musique comme les autres
Ces reprises des bandes-son des films et jeux vidéo rencontrent un succès toujours plus grand. Les billets de la tournée européenne 2026 des concerts Clair Obscur avaient disparu en quelques heures à peine, au point d’ouvrir deux dates supplémentaires en été. Multi-primé en 2025, ce jeu vidéo français a été sacré Game of the year (jeu de l’année). Aux Game awards 2025, il reçoit 9 prix, dont celui de la meilleure bande originale.
En reprenant les thèmes principaux d’anime et jeux vidéo au piano, Nicolas Horvath s’inscrit dans cette lignée, qui renouvelle le paysage musical. « J’ai appris à trouver de la belle musique partout en travaillant les études de Czerny, » un passage pédagogique et technique presque obligatoire. Difficile d’y trouver un intérêt musical, un peu comme les gammes. Cette philosophie, Nicolas Horvath la transpose aux jeux vidéo, films et animations. « Pour tenir mes élèves ados, j’adapte ces musiques en gammes et en exercices. Certains ont continué le piano grâce à ça ! » revendique-t-il fièrement. Lui-même est un gamer invétéré, dévore des anime japonais et des films d’animation.
« Le piano sert de point de référence pour révéler le génie dans toutes les facettes de la musique. » Le musicien fait des tests lors de ses premiers récitals, « je profitais de la liberté de pouvoir construire le programme que je voulais. » Le public a très bien reçu ces expériences, si bien qu’il continue encore à associer les deux répertoires. Lors des concerts pour promouvoir ses albums dédiés à Chopin, il glisse quelques partitions de Joe Hisaishi, le compositeur du studio Ghibli, ou de jeux vidéo. « C’était encore un peu tôt dans les années 2012-2014 mais j’en jouais quand même. » Aujourd’hui, il compte à son actif des transcriptions d’Attaque des Titans, de Final Fantasy, de Danny Elfman…
- « Je préfère demander, même si c’est plus long et difficile »
Nicolas Horvath met un point d’honneur à jouer ces répertoires officiellement, en demandant les droits des partitions et pour enregistrer des disques. Entre les ayants-droits, l’intelligence artificielle… Ces projets ne sont pas toujours rentables, même pour les plus gros studios comme Ubisoft ou Square Enix. « Heureusement, ça se débloque au fur et à mesure, quand ils voient mon sérieux. » Bien qu’il puisse transcrire lui-même les mélodies, il s’y refuse : « Ce serait prendre le risque d’être blacklisté. » Et s’éloigner de sa volonté de défendre correctement le répertoire des films et jeux vidéo. « Je travaille avec les studios, c’est leur bébé. »
Pour le metal, c’est encore plus difficile, alors que le pianiste gravite dans la scène alternative et underground depuis plus longtemps. « J’ai eu du mal à assumer le côté plus extrême dans les années 2010. J’ai réintégré plus tard ma discographie metal sur mon site, ça m’a fait un bien fou ! » Aujourd’hui, il réalise des projets avec des groupes emblématiques, comme Alcest ou Mortis, et avec l’ancienne chanteuse de Nightwish, Tarja Turunen… Et porte, presque avec militantisme, cette étiquette de passeur entre les mondes et les répertoires.
Pour lui, cette évolution était évidente. « La musique classique attire de moins en moins, alors que celles des films et jeux vidéo explosent. » Dans les salles, quand le programme intègre le studio Ghibli ou des extraits d’anime, Nicolas Horvath voit bien que le public rajeunit drastiquement. « Mais tous les âges apprécient, même les têtes blanches ! Les digues entre les styles ont explosé. »